![]() |
La Forêt, Sa Flore, Sa Faune, Sa Gestion Un exemple : le Bois de Lauzelle |
|||||||||||||||||
|
|
Introduction La forêt actuelle est le système écologique le plus proche des milieux ancestraux. À ce titre, même aménagée pour la production de bois qui reste une des premières fonctions des surfaces forestières, elle constitue un immense réservoir d'espèces sauvages herbacées, ligneuses et animales. Par son développement en hauteur, le milieu boisé offre à la faune une variété d'habitats beaucoup plus marquée que tout autre écosystème. Les espèces animales, en effet, sont très souvent adaptées à vivre dans un cadre spatial plus ou moins restreint correspondant à leurs exigences fondamentales. Ainsi, chez les oiseaux, certaines espèces affectionnent tout particulièrement les grandes frondaisons (le ramier, le gros-bec, le geai, la corneille...), d'autres limitent leurs activités au niveau de la strate arbustive et des taillis (le pouillot véloce, la mésange charbonnière, la fauvette à tête noire...), d'autres se cantonnent au niveau des troncs à la recherche de nourriture (les pics, la sittelle, le grimpereau...), d'autres enfin sont surtout inféodées à la strate herbacée et au sol (le merle, le troglodyte...). Cette stratification augmente sensiblement le nombre d'espèces pouvant vivre sur une même surface et assure une exploitation optimale des ressources spatiales (abris, supports, lieux de nidification...) et alimentaires. Une grande variété d'espèces présentes en un endroit peut être également favorisée à plus grande échelle. Comme cette étude le montrera par des situations concrètes de terrain, une large diversité de peuplements forestiers constitués de nombreuses espèces essences améliorantes, essences feuillues et résineuses, essences nobles augmente de manière notable la diversité animale. Des introductions importantes comme celle de l'épicéa ont, dans certains cas, des effets défavorables lorsque les plantations sont trop denses ou sont établies sur des sols inadéquats ou trop près des cours d'eau. En revanche, des plantations équilibrées, pourvues de larges groupes où essences feuillues et résineuses alternent, peuvent avoir un effet positif sur le milieu forestier et la faune en particulier grâce au développement de la flore herbacée. Le caractère sempervirent des résineux, l'épicéa, le douglas, par exemple, offre, de plus, un refuge hivernal pour les grands mammifères. Certaines espèces d'oiseaux inféodées aux essences résineuses pour leur nidification ou leur alimentation le roitelet huppé, la mésange huppée, la mésange noire, le pic épeiche... ont pu se développer et atteindre des densités de population importantes sous nos latitudes grâce à l'introduction de l'épicéa, du douglas et de diverses espèces de pins. Parmi les essences propagées par le sylviculteur, certaines, comme le cerisier tardif, les sorbiers... fructifient abondamment et constituent pour l'avifaune, les petits mammifères et beaucoup d'insectes un surplus appréciable de ressources alimentaires. Simultanément à l'introduction de ces essences forestières, certaines formes de faune se sont développées avec succès. Il est donc indéniable que l'introduction d'essences exotiques peut être source de diversification du milieu. Cependant, ce principe n'est vrai que dans la mesure où les parcelles forestières sont suffisamment hétérogènes que pour conserver aux terroirs leur potentialité d'origine. Une forêt, constituée exclusivement d'une seule espèce sur plusieurs centaines d'hectares, a pour conséquence une faune inféodée à ce type d'arbre. Dans l'écosystème forestier, il faut étudier avec prudence le compromis à réaliser entre l'introduction d'espèces nouvelles et le maintien des espèces indigènes. Favoriser une imbrication des essences, éviter l'uniformité trop poussée des peuplements sur de grandes surfaces, appliquer un traitement sylvicole de type futaie jardinée par très grands groupes constituent à cet égard la voie forestière à suivre lorsqu'on souhaite maintenir à un domaine forestier ses diverses vocations. L'énorme masse végétale développée par les parcelles forestières constitue aussi un facteur positif pour la faune. Une communauté diversifiée d'organismes se développe sur tous les organes des arbres : feuillages, tiges, graines, fleurs, troncs, branches, racines, bourgeons, sève, pollen... Cette grande variété d'êtres vivants s'établit en un ensemble équilibré où les liens de compétition limitent le développement excessif d'une espèce par rapport aux autres. Cette régulation est d'ailleurs renforcée par la présence de prédateurs et de parasites. Dans les régions d'Europe occidentale une seule espèce forestière, comme par exemple le chêne sessile, constitue l'alimentation exclusive de plus de cinquante espèces d'insectes phytophages. Chacun de ces insectes est spécialisé dans l'utilisation d'un organe particulier de l'arbre (bourgeon, fruit...). En outre, ces phytophages sont eux-mêmes le support alimentaire de plusieurs espèces de prédateurs ou de parasites, parfois par dizaines. Tout cet ensemble de relations alimentaires équilibrées reflète la stricte organisation de la forêt. Le milieu forestier, enfin, a été de tout temps un des conservatoires des zones humides. Les zones humides sont en constante régression en Europe; elles jouent cependant un rôle essentiel pour la survie d'espèces originales appartenant à l'avifaune, aux amphibiens et à de nombreux groupes d'invertébrés aquatiques ou subaquatiques. Les grandes surfaces boisées présentent souvent une part appréciable de terrains mal drainés situés dans les fonds humides et dévolus à la sylviculture d'essences particulières telles les aulnes, les saules, les peupliers. Impropres à la culture, ces lieux humides constituent un élément important dans la diversité des stations et dans le maintien des espèces naturelles. Dans ce milieu, caractérisé par une flore forestière et herbacée intéressante, évoluent, en effet, salamandres, tritons, crapauds, couleuvres dont la raréfaction est sensible depuis quelques dizaines d'années. En maintenant ces zones et en les affectant à la production d'essences forestières bien adaptées, le sylviculteur et le biologiste conjuguent leurs efforts sur des objectifs de gestion de la nature. C'est le but de cet ouvrage de montrer les liens étroits entre la forêt et ses origines, les arbres et leur gestion, la flore et la faune. Un domaine boisé, même géré de façon intensive, constitue un écosystème relativement équilibré. La modification d'une seule composante fait évoluer en cascade de multiples paramètres. L'étude d'une forêt représente, à cet égard, le milieu idéal à la collaboration entre disciplines différentes. Le Bois de Lauzelle, propriété privée de l'U.C.L., permet à plusieurs laboratoires de travailler dans cet esprit. Selon le voeu des Autorités Universitaires, ce massif boisé doit répondre à diverses missions liées à l'installation des services académiques de l'Université et à l'implantation de la ville nouvelle. Les deux premières l'enseignement et la recherche répondent aux objectifs scientifiques majeurs de l'Université. À ce titre, le Bois de Lauzelle constitue un véritable laboratoire didactique proche des auditoires et parcouru par de nombreux étudiants. Ils y découvrent et y concrétisent les notions enseignées dans les cours relevant des sciences naturelles appliquées, de l'agronomie, de la biologie, de la géographie, de la géologie. Sur le plan de la recherche, l'intérêt scientifique du bois apparaît indéniable. Il est le lieu d'activités continues en foresterie, écologie, botanique, zoologie, pédologie, hydrologie. De nombreux mémoires de fin d'études et des thèses de doctorat y ont déjà assis leurs bases expérimentales. L'implantation progressive, dans la vallée de la Malaise, d'une ville devant compter près de 20.000 habitants ne pouvait être indépendante d'un massif forestier si proche. Aussi, l'ouverture du bois décidée par l'Université répond aux besoins socio-éducatifs et culturels que la forêt actuelle est appelée à satisfaire. L'objet social souscrit à la volonté de calme, de silence et de paix que, seule, la forêt peut donner avec autant de plénitude. La simple promenade, l'écoute du silence, la découverte des beautés de la nature, le recueillement, l'effort physique en plein air sont autant de bienfaits que ce domaine doit apporter à chacun. Cependant, le contact avec la nature ne peut donner entière satisfaction sans un minimum de connaissances techniques et l'observation de quelques règles élémentaires. Le parcours en forêt ne peut porter ses fruits, la forêt ne peut inspirer le respect et la protection que si l'on en comprend la fragilité, la complexité et le fonctionnement intime. Couvrant près de 200 hectares répartis sur une large vallée et de nombreux vallons d'orientations diverses, le Bois de Lauzelle offre une diversité étonnante. De nombreuses associations végétales typiques et de multiples peuplements de substitution peuvent y être reconnus. Cet ensemble varié, allant de la frênaie alluviale à la lande à callunes, se développe avec une intégrité certaine s'harmonisant en une mosaïque de sources, de ruisseaux, de pentes abruptes sèches et chaudes ou froides et humides, de sols variés. La rigoureuse politique forestière menée depuis 1976 porte en elle l'avenir de ce massif. Le maintien et l'intensification de la diversité floristique, faunistique et sylvicole sont garantes de son intégrité et de sa protection.
Des raisons d'une seconde édition Depuis 1985, parution de la première édition, le Bois de Lauzelle a très sensiblement évolué. Ainsi des mares ont été créées, augmentant de façon spectaculaire la biodiversité des milieux humides. De plus, en 1988, une parcelle contenant l'étang de Warlombroux a été acquise par l'U.C.L. Il était donc intéressant d'incorporer dans l'étude qui suit ces nouveaux « milieux humides » très riches en espèces tant végétales qu'animales. D'autre part, la gestion forestière, en évolution constante, fait que les paysages changent, tout simplement parce que le Bois de Lauzelle, en dix années, a « poussé » et que, quotidiennement, on y abat des arbres, on en replante et on entretient. Cette nouvelle édition a donc permis d'une part d'enrichir le parcours d'une boucle supplémentaire et d'autre part d'apporter quelques corrections rendues nécessaires par une évolution permanente due au modèle de gestion écologique adopté il y a plus de 20 ans. |
|||||||||||||||||
|
||||||||||||||||||