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Un exemple : le Bois de Lauzelle
 

Le faisan de chasse
Phasianus colchicus L.

Le faisan a été importé en Belgique au milieu du XVIIIe siècle. C'est surtout la sous-espèce Phasianus colchicus colchicus d'Asie Mineure qui a été introduite. D'autres sous-espèces, originaires de diverses parties de l'Asie, ont également fait l'objet d'introductions, ce qui a mené à des populations mélangées avec disparition de caractères subspécifiques.

L'origine méridionale et même tropicale de l'espèce est une première raison qui peut expliquer un manque d'adaptation à notre climat.


Le mâle a la tête verte avec des caroncules rouges au-dessus et en dessous des yeux. Le poitrail est rouge et brun. Les taches bleuâtres aux épaules sont également caractéristiques. La femelle, plus petite, est brune striée de noir et blanc. Mâle : 75-87 cm; femelle : 53-62 cm.
 

Avec la bécasse et, dans une certaine mesure, le troglodyte, c'est le seul oiseau du Bois de Lauzelle qui ne forme pas de couple en période de nidification. Il partage avec la bécasse deux autres caractères : il niche à terre et les jeunes quittent le nid dès la naissance — ils sont nidifuges —; ces deux caractères sont très importants dans son mode de vie. Au début du printemps, mâles et femelles deviennent agressifs les uns vis-à-vis des autres. Ce comportement conduit progressivement à l'isolement des individus sur des territoires disjoints. Les vieux mâles évincent souvent les plus jeunes qui deviennent alors erratiques. Cet errement peut les mener jusqu'à 15 ou 20 km de leur lieu de naissance alors que la majorité de la population est sédentaire. Les mâles cantonnés exécutent une exhibition nuptiale tout à fait typique : ils sautent en l'air en battant vigoureusement des ailes — le son produit est audible de très loin — et poussent ensuite un cri puissant « Kor... kok ». Cette parade a pour objectif d'éloigner les mâles voisins et d'attirer une femelle cantonnée à proximité. Après la période copulatoire, le mâle se désintéresse complètement de la nichée que va entreprendre la femelle; il reste cantonné et tente d'inviter une seconde femelle. Comme la femelle peut elle-même visiter plusieurs mâles, on ne peut pas parler de polygamie, bien qu'il y ait plus de femelles que de mâles (environ 60 % de femelles) dans les populations sauvages.

La femelle creuse une petite excavation dans le sol : elle y amasse quelques matériaux et y pond 8 à 12 oeufs, parfois jusqu'à 14 à 17.

Le nid est généralement caché dans la végétation herbacée dense du taillis, des haies, des talus. Découvert par un promeneur, il est presque toujours abandonné. Il peut également faire l'objet de destruction. Dans ce cas, la femelle entreprend une deuxième ponte et, si nécessaire, une troisième; cette aptitude à recommencer une nidification si la précédente échoue est surtout marquée chez les femelles âgées et expérimentées qui, de surcroît, dissimulent mieux leur nid que les jeunes. On trouve des pontes de mi-avril à mi- septembre. La nourriture des jeunes oiseaux est très largement composée de petits animaux (vers, mollusques, insectes...). La nourriture animale représente encore 40 % du régime des adultes. Ils recherchent en plus des végétaux très variés portant graines ou fruits. Particulièrement en été, ils se répandent dans les champs où ils glanent les céréales après la moisson. Depuis son introduction, le faisan a toujours été intensivement chassé. Une chasse n'est évidemment concevable que si elle permet au gibier de se maintenir.

Face à la raréfaction du gibier, on peut concevoir deux comportements : le premier consiste à développer une éradication des prédateurs. Or, il est connu que les prédateurs d'une espèce ne sont pas en mesure de limiter son abondance. Par contre, l'abondance de la proie influence celle du prédateur. Du reste, les nichées de beaucoup d'oiseaux, situées à proximité du sol, sont détruites dans la proportion de 60 % — survie de 40 % — et les prédateurs ont une grande part dans cette destruction. Mais cette prédation n'est pas pour autant déterminante du niveau d'abondance de l'espèce. En effet, les oiseaux conçoivent des nichées de remplacement. Ainsi, le merle, espèce abondante, entreprend jusqu'à 7 nidifications en une saison pour en mener une seule à son terme défini par l'envol des jeunes. Ensuite, le nombre de jeunes qui échappent à la destruction est souvent suffisant pour assurer l'équilibre de la population et même sa croissance.

Le faisan, avec ses jeunes nidifuges, est très exposé au saccage de ses nichées. Il compense cela en pondant beaucoup d'oeufs. Un exemple chiffré permet de mieux comprendre ce phénomène : dans une population normale, la survie annuelle du faisan non chassé est au moins de 60 %. Sur 100 individus adultes en vie au printemps, 60 vivent encore au printemps suivant. Pour assurer l'équilibre de la population, il faut que 40 jeunes remplacent les 40 adultes disparus. Ces 40 jeunes sont eux-mêmes les survivants de 40/0,6 = 67 jeunes nés l'année précédente et issus de 60 femelles. Il suffit donc que 1,1 jeunes soient produits en moyenne par femelle. En pondant 10 oeufs, il peut y avoir 90 % de perte d'oeufs ou de jeunes, sans tenir compte des pontes de remplacement.

Si le taux de survie du faisan est inférieur à 0,6 — situation en zones de chasse ou si les conditions hivernales sont très rigoureuses — les conclusions ne changent pas beaucoup. Si la survie tombe à 0,3, ce qui est extrême, 60 % des oeufs ou des jeunes peuvent encore être perdus.

Pour le faisan, il va de soi qu'un tel insuccès de la reproduction aurait rendu son introduction au XVIIIe siècle impossible d'autant plus que les prédateurs étaient plus abondants à cette époque. Si le succès est supérieur au chiffre donné, la population non chassée ou raisonnablement chassée est susceptible d'accroissement permanent. Cependant, à partir d'un certain niveau de population, des mécanismes autolimitants entrent en jeu. L'un d'entre eux est le comportement territorial des oiseaux au printemps qui exclut de la reproduction des jeunes oiseaux excédentaires. Un autre consiste vraisemblablement dans la quantité de nourriture disponible. Sachant que la destruction a, en plus, un rôle sanitaire et sélectif, il n'est pas évident que l'élimination systématique de tout prédateur soit un moyen de gérer rationnellement une population de faisans.

Bien entendu, si le faisan est chassé intensivement, le rôle des prédateurs peut devenir déterminant. Dans ce cas, il faut classer ses destructeurs et évaluer objectivement leur rôle plutôt que de les éliminer tous aveuglément. Le niveau de population peut être augmenté par l'amélioration de l'habitat, spécialement en favorisant des couverts herbacés denses pour la nidification. En définitive, il faut adapter l'intensité de la chasse aux possibilités du milieu.

La seconde voie utilisée en vue d'améliorer les tableaux de chasse réside dans le repeuplement systématique et intensif à partir d'animaux d'élevage. Ce procédé a de nombreux inconvénients : animaux peu farouches, ne résistant pas aux prédateurs ni aux conditions hivernales; ils ne sont pas non plus capables de dissimuler valablement leur nid.

La voie la meilleure pour créer une population sauvage consiste donc à laisser la nature faire le tri parmi les sujets relâchés. Les pertes seront très importantes au début mais les survivants seront à l'origine de peuplements de qualité. On peut aussi envisager de relâcher des individus sauvages capturés en des endroits où ils sont bien représentés. Il est évidemment indispensable de distinguer les sujets sauvages autochtones des individus relâchés : le baguage est nécessaire. Il est tout aussi impératif de ne pas chasser pendant la phase d'implantation.

   
 
Mise à jour : 19/12/01 12:33 UCL/BIOL/ECOL Webmaster : P. Califice Copyright © 2001 UCL/ECOL