La Forêt, Sa Flore, Sa Faune, Sa Gestion
Un exemple : le Bois de Lauzelle
 

Le lapin de garenne
Oryctolagus cuniculus L.

Les terrains meubles et sablonneux sont particulièrement favorables au lapin de garenne qui peut facilement y creuser ses terriers. Il vit en colonie très sédentaire sur un domaine appelé garenne.

Cet animal très commun doit son abondance à sa fécondité : la femelle peut avoir 3 à 5 portées par an (de janvier à juin) de 4 à 12 unités chacune. La gestation dure 30 jours et les jeunes sont allaités pendant 1 mois.

La reproduction présente des particularités physiologiques qui permettent à l'espèce de s'adapter aux circonstances. Contrairement à la majorité des mammifères, l'ovulation est provoquée : absence de cycle oestral à proprement parler, les ovulations font suite à l'accouplement.

La femelle ne refuse l'accouplement ni pendant la gestation, ni pendant l'allaitement : elle peut dès lors porter de nouveaux embryons avant la mise bas des premiers. Ce processus porte le nom de «superfétation» et conduit à des portées composées de jeunes de tailles très différentes. Avant le sevrage de leurs petits, 80 % des femelles sont à nouveau en gestation.

Si les conditions de mise bas ne sont pas satisfaisantes, par exemple lorsqu'il y a surpopulation ou disette, les embryons meurent et sont complètement résorbés par l'organisme de leur mère. La reproduction peut donc s'adapter aux circonstances.

On a constaté sur une île anglaise qu'une éradication quasi complète des jeunes menait à un allongement de la saison de reproduction chez les adultes.

Une autre particularité physiologique est assez étonnante : le lapin de garenne est un animal coprophage. Les lapins possèdent en effet un cæcum très développé qui contient beaucoup de micro-organismes : bactéries, champignons primitifs (Actinomycètes) et protozoaires flagellés (animaux unicellulaires). Ces micro-organismes provoquent différentes fermentations des aliments produisant des nutriments tels sucres, protéines et vitamines B. Malheureusement, le cæcum ne peut réabsorber ces nutriments qui sont éliminés sous forme de crottes particulières que l'animal avale sans mâcher. Ainsi 80 à 90 % de la nourriture est réabsorbée. Ce type de déjection est produit lorsque l'animal est en repos pendant la journée ou au milieu de la nuit (à l'inverse du lapin domestique). Ce recyclage d'aliments « digérés » par les micro-organismes présente bien des analogies avec la rumination à tel point que dans la Bible les lièvres et les lapins sont classés parmi les ruminants. Le phénomène était également connu d'Hérodote et d'Aristote mais a été tenu pour légende durant plusieurs siècles. Comme chez les ruminants, cette particularité leur permet d'utiliser la cellulose contenue dans leurs aliments alors que très peu d'animaux sont capables de digérer eux-mêmes ce polysaccharide. Cette forme de coopération entre organismes, ici lapin et micro-organismes, porte le nom général de symbiose.

Le lapin a la possibilité de proliférer facilement; ceci, allié à son éclectisme alimentaire, peut en faire un fléau. Ce fut particulièrement vrai en Australie où le lapin a été introduit; il n'y a rencontré aucun prédateur adapté à limiter sa population. On a dû introduire la myxomatose. Cette maladie est provoquée par le virus de la myxomatose du lapin et est très contagieuse. Les populations de lapins ont été décimées. La myxomatose, introduite en France (Eure et Loire) en 1950, s'est rapidement propagée en Europe, ce qui a entraîné des conséquences très importantes sur l'environnement : réapparition en Angleterre de plantes virtuellement disparues, augmentation du nombre de cerfs ou de lièvres. Bien des prédateurs privilégiés du lapin ont dû se rabattre sur d'autres proies. Des paysages de landes que le lapin contribuait à maintenir dans cet état ont été recolonisés par la forêt.

Actuellement, le lapin s'est réinstallé un peu partout, surtout en régions sablonneuses mais les grandes colonies sont encore décimées par la maladie. Il semble cependant que le virus s'atténue et que des individus résistants apparaissent.

Au Bois de Lauzelle, le lapin est abondant. Il cause des dégâts très importants à certaines plantations et aux cultures céréalières avoisinantes. Il est donc nécessaire de pratiquer une chasse de contrôle en vue de limiter la population. Le «furetage» est efficace. Le furet, carnassier domestique proche parent du putois, introduit dans un terrier, le parcourt en tous sens et fait sortir les lapins que le chasseur attend à la sortie. Cette chasse discrète et sélective pourrait être pratiquée régulièrement.

Ajoutons enfin que le lapin de garenne est l'ancêtre de toutes les souches de lapins domestiques.

   
 
Mise à jour : 12/12/01 18:17 UCL/BIOL/ECOL Webmaster : P. Califice Copyright © 2001 UCL/ECOL