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Un exemple : le Bois de Lauzelle
 

Quelques insectes coléoptères fréquents en forêt et au Bois de Lauzelle

Cet aperçu reprend les caractéristiques les plus importantes concernant les coléoptères vivant sur les feuillus et les plantes herbacées des bois.

Il aidera le lecteur à reconnaître, lors du parcours, les espèces aisément observables et appartenant aux familles des Chrysomélidés, des Curculionidés et des Scolytidés. Dans cette optique, on analysera surtout la morphologie de l'adulte et de la larve et les traces d'activités.

 

Les Chrysomélidés sont de jolis insectes aux formes très diverses, souvent globuleux, parés de couleurs vives fréquemment métalliques. Cette famille compte de nombreuses espèces nuisibles dont les adultes se nourrissent de feuilles, de tiges, de racines... Une des plus connues est le doryphore qui s'attaque à la pomme de terre et cause d'importants ravages.

Les chrysomèles vivent sur différentes plantes herbacées ou sur des essences feuillues.

Un important défoliateur est la chrysomèle de l'aulne, Agelastica alni L., commune dans les peuplements d'aulnes et qui cause des dégâts aux jeunes arbres et aux rejets de souche. Les adultes dévorent le limbe, le perforant de part et d'autre de trous irréguliers. Quant aux larves, elles mangent le tissu foliaire mais laissent intactes les nervures principales et secondaires, ainsi que l'épiderme de la face opposée qui subsiste sous forme de fines membranes transparentes.

La morphologie de l'adulte est caractéristique : c'est un insecte bleu noir violacé à reflets métalliques, de 5 à 7 mm de long, muni d'élytres densément ponctués. Sa tête est bien dégagée du corps et porte des antennes filiformes. L'abdomen de couleur jaune vif apparaît nettement chez les femelles gravides, car il est distendu et repousse les élytres.


Chrysomèle de l'aulne
Angelastica alni L.
Bel insecte d'un bleu violet profond.
Longueur : 6 mm.
 
Larve de la chrysomèle de l'aulne
On l'observe sur le feuillage, le plus souvent à la face inférieure des feuilles. Longueur à maturité : 8 mm.
 
Aspect du feuillage mangé par la chrysomèle de l'aulne
Sous le limbe de la feuille inférieure gauche, on a représenté une ponte; celle-ci est aisément obsrvable sur le terrain grâce à la couleur jaune vif des oeufs pondus par plaques de plusieurs dizaines.

Il est aussi facile d'observer un autre insecte de la même famille inféodé à la menthe : il s'agit de Chrysolina menthastri Suffr. Ses dégâts sont rarement importants et se limitent à l'entaillement du bord des feuilles et parfois du centre. Ce sont surtout les larves qui sont voraces et vivent aux dépens de deux espèces de menthe : Mentha suaveolens Ehrh. et Mentha aquatica L. avec une préférence pour cette dernière.

On peut reconnaître l'adulte grâce à sa couleur d'un vert métallique éclatant, qui vire parfois au rouge cuivreux, à ses élytres fortement ponctués et à ses ailes membraneuses d'un rouge brun. La larve est caractéristique avec son large abdomen bombé et sa couleur brun foncé légèrement bronzé. On distingue avec précision la segmentation du corps. On différencie nettement la larve de la nymphe de couleur jaune beurre qui vit sous terre uniquement au printemps.

L'apparition des individus adultes, variable selon les conditions climatiques, a lieu en général fin avril, début mai. Ils émergent après une période de tempête et de froid; mâles et femelles s'accouplent 3 semaines plus tard.


Chrysomèle de la menthe
Chrysolina menthrasti Suffr.
Ce très bel insecte vert métallique s'observe parfois en grand nombre sur les plants de menthe sauvage.
Longueur : ± 1 cm
 
Larve de la chrysomèle de la menthe
Elle se reconnaît aisément par sa localisation sur les plants de menthe sauvage et par sa livrée bronzée à reflets métalliques.

Une autre espèce de chrysomèle, Chrysolina polita L., colonise également les deux menthes citées. Les dégâts sont similaires. Ces deux espèces se différencient principalement grâce à la morphologie de l'adulte et à leur répartition. La première, en effet, vit exclusivement dans les parties les plus humides des forêts. De plus, le dessous du corps et les pattes de C. polita L. sont vert doré ou cuivreux, les élytres rouge brique irrégulièrement ponctués; de taille plus petite (6,5 à 8,5 mm) que l'espèce C. menthastri (7 à 11 mm), sa répartition dans le bois est plus homogène et plus abondante.

Une dernière espèce, Cassida viridis L., doit être signalée à cause des dommages importants qu'elle cause à diverses labiées sauvages et cultivées ainsi qu'à différentes espèces de menthe des endroits humides. Les adultes dévorent le limbe en pratiquant des perforations irrégulières tandis que les larves, plus voraces et plus nuisibles, mangent le tissu de la feuille tout en respectant les nervures.

Ce coléoptère est facilement reconnaissable par la forme large et ovale de son corps (bombé en son centre comme une tortue en miniature) et surtout par sa couleur vert feuille. Les élytres, ponctués uniformément, présentent une raie vert argenté et recouvrent un abdomen bordé de jaune. La morphologie de la larve permet également une reconnaissance rapide : elle est aplatie en forme de trapèze lorsqu'elle est jeune mais elle devient ovale au cours des mues successives.

On observe aussi l'apparition d'une queue fourchue à son extrémité postérieure. Les excréments et les restes des mues restent fixés à cette fourche, cachant ainsi la partie dorsale. Il est à remarquer que la larve demeure jaune lorsqu'elle se nourrit de Mentha aquatica L. mais elle change de couleur aux différentes mues si elle se nourrit d'autres espèces de menthe. Le cycle de développement de Cassida viridis L. commence fin avril lorsque les adultes quittent leur lieu d'hivernage.

 

Les Curculionidés ou charançons constituent la famille de coléoptères la plus importante; on en connaît près de 50.000 espèces répandues sur tout le globe.

Les larves des charançons sont molles et apodes; elles s'attaquent aux parties des végétaux les plus variés, se développant dans le bois, les racines, les tiges, les feuilles, les fruits ou les graines. Les adultes se trouvent sur les plantes et dans les lieux où se développent leurs larves; ils se caractérisent par leur tête munie d'un rostre portant à son extrémité les pièces buccales. Ce rostre peut, chez certaines espèces, se replier en dessous du corps dans un sillon.

De cette famille, nous ne décrirons que deux espèces, l'une s'attaquant aux feuilles de scrofulaire, l'autre à l'ortie.

Le Cionus scrophulariæ L. s'alimente de trois espèces de scrofulaires (Scrophularia umbrosa Dum., S. nodosa L. et S. canina L.). Il ronge le parenchyme des feuilles en y faisant des trous de taille variable. C. scrophulariæ se répartit aussi dans les endroits humides, dans les marécages et au bord des eaux et des fossés.

Son prothorax est recouvert de poils blancs, mais ses élytres à pubescence noire et cendrée sont découpés par des taches blanches espacées. Les larves de Cionus vivent sur les Scrofulariacées dans une sorte de bourse composée de jeunes feuilles ou sur les feuilles elles-mêmes et sécrètent une substance visqueuse qui les recouvre, ce qui facilite leurs mouvements et leur sert de protection.

Au moment de la nymphose, cette même substance leur permet de fabriquer une coque globuleuse et transparente qu'elles fixent entre les feuilles des plantes dont elles se sont nourries. L'insecte éclôt après quelques jours.

Quant au charançon du genre Phyllobius, il préfère l'ortie commune (Urtica dioica L.), d'où son nom de Phyllobius urticæ Degeer. Il est entièrement revêtu de squamules vert bleuâtre et se reconnaît ainsi facilement. C'est un insecte allongé qui peut atteindre 8 mm. Ses antennes sont coudées et forment un angle marqué.

Espèce diurne, il apparaît au printemps et se nourrit des premières feuilles des plants d'ortie.

  Phyllobius urticæ Degeer
C'est un charançon très commun que l'on rencontre le plus souvent sur le feuillage de l'ortie. Comme la plupart des phyllophages (c'est-à-dire mangeurs de feuilles), il se tient habituellement caché à la face inférieure du limbe.
Longueur : 6-8 mm.

 

Les Scolytidés sont des coléoptères de petite taille, généralement cylindriques, noirs ou bruns. Leurs antennes sont toujours terminées en forme de massue, réduites et donc peu visibles. Leur thorax est convexe, quelquefois garni d'aspérités. Leurs élytres, parallèles, sont, chez certains, creusés à leur sommet d'une cavité commune souvent bordée de dents.

Presque tous vivent par colonies nombreuses, dans l'aubier ou sous l'écorce des arbres. Ils sillonnent les conifères et les feuillus de nombreuses galeries; seules quelques rares espèces s'attaquent aux plantes herbacées. Certains scolytidés sont très nuisibles et causent de grands ravages dans les forêts.

C'est le cas du scolyte de l'orme, appelé Scolytus scolytus Fab. Très commun, on le retrouve sous les écorces de vieux ormes d'avril à juillet et ceci, aussi bien dans les forêts et les parcs que dans les avenues ou la campagne. La longueur de l'adulte varie de 5 à 6 mm. La tête et le thorax sont noirs et les élytres brun roux. Il possède des mandibules décorées sur chaque face. Le mâle est plus petit que la femelle et porte, à l'extrémité des élytres, de longues touffes de poils jaunes.

Le scolyte cause des dégâts à l'écorce de l'arbre en creusant des tunnels verticaux d'environ 5 cm de long. De ces galeries principales partent de longs tunnels qui peuvent atteindre 10 à 15 cm dans lesquels se développent les larves.

  Scolyte de l'orme
Scolytus scolytus Fab.
Redoutable ennemi de l'orme, il a contribué à la disparition progressive de ce bel arbre de nos campagnes et de nos bois.
    Aspect des galeries creusées sous l'écorce des ormes par les larves de Scolytus scolytus .
Ce réseau, appelé gravure, est formé d'une galerie principale, creusée par la femelle pondeuse («galerie-mère») et de plusieurs galeries latérales («galeries-filles») creusées progressivement par les larves issues des oeufs soigneusement déposés par la femelle sur les parois de la galerie-mère. L'architecture de la gravure est caractéristique de l'espèce.

De plus, il est à l'origine de la propagation de la « maladie hollandaise de l'orme » qui s'observe en Europe sur l'orme champêtre, l'orme de montagne et l'orme diffus. Au départ, cette maladie est causée par un champignon — Ceratocystis ulmi (Buisman) C. Moreau — mais est propagée principalement par le grand scolyte (S. scolytus Fab.) qui se développe surtout sur le tronc et les branches maîtresses des ormes et également par le petit scolyte (S. multistriatus Marsh ) présent sur les jeunes rameaux.

Les spores des champignons adhérant au corps des scolytes sont déposées dans les galeries nouvellement creusées par les scolytes adultes dès leur envol des galeries filles. Les spores y germent et le mycélium se propage dans les vaisseaux de l'aubier, zone de l'arbre où s'effectue l'ensemble de la circulation de la sève.

L'arbre réagit à cette colonisation du mycélium par la formation de substances gélatineuses qui obstruent véritablement les vaisseaux conduisant la sève. La conséquence en est un dessèchement progressif de la partie de la cime atteinte, suivi d'une défoliation. Les jeunes arbres, de faibles dimensions, dépérissent rapidement.

Les arbres âgés, de plus grandes dimensions, atteints par les deux ravageurs — champignon et scolyte — peuvent subsister plus longtemps. Mais, affaibli par les effets du développement du champignon, l'arbre devient encore plus réceptif aux scolytes qui nidifient sous l'écorce. Ils étendent ainsi la zone d'attaque du champignon dont les fructifications se développent dans les galeries. L'envahissement du mycélium se généralise et, après une progression du dessèchement affectant l'ensemble des organes aériens, l'orme atteint meurt.

Fréquemment, certains bourgeons situés sous la zone d'attaque évoluent en rameaux; ce qui fait croire pendant quelque temps à une certaine résistance et reprise de l'arbre. Ce répit n'est que passager car l'évolution de la maladie est inexorable et le dépérissement de l'orme atteint devient total.


Evolutions et symptômes de la maladie de l'orme
Le dépérissement des ormes sains débute généralement au niveau des branches supérieures (B.1) faisant suite à une attaque du scolyte (A.1). L'examen d'une branche malade montre, en section, des taches brunes (C.2) et, à l'extérieur, des perforations de l'écorce (D.3) faites par le scolyte dont l'attaque s'étend vers les zones non encore atteintes, provoquant ainsi un dépérissement général de l'arbre (E, F).

 

   
 
Mise à jour : 12/12/01 18:26 UCL/BIOL/ECOL Webmaster : P. Califice Copyright © 2001 UCL/ECOL