La Forêt, Sa Flore, Sa Faune, Sa Gestion
Un exemple : le Bois de Lauzelle
 

L'épicéa commun
Picea abies Karst.

L'épicéa est bien connu car c'est l'espèce la plus utilisée comme arbre de Noël. Il s'étend en Europe septentrionale et centrale : il constitue d'immenses forêts dans les plaines des pays d'Europe septentrionale et de Pologne et il devient montagnard dans les Alpes, le Jura, la Forêt Noire et les Carpates où il monte jusqu'à 2000 m. Dans son aire d'origine, il vit 300 ans et atteint 45-50 m de haut.

Non spontané en Belgique, l'épicéa a été introduit en 1843, lors des reboisements de l'Hertogenwald (Hautes Fagnes). D'après certains, il aurait cependant été introduit à une époque antérieure, notamment lors de la création des jardins du Roi de Rome.

Dans notre pays, on lui attribue une aire virtuelle au-dessus de 450 à 500 m d'altitude où le climat satisfait ses exigences en humidité atmosphérique et en température.

En dehors de sa station, l'épicéa est notamment parasité par Heterobasidion annosum (Fr.) Bref., champignon provoquant la pourriture rouge du bois nécessitant l'exploitation prématurée des arbres. De tels peuplements sont transformés par introduction d'autres essences plus adaptées au climat et au sol. Citons également le scolyte typographe provoquant la mort de l'arbre, voisin du scolyte du pin. Assez indifférent quant à la qualité du sol, l'épicéa se contente de sols peu profonds car son enracinement est typiquement superficiel, parfois tabulaire. Espèce de demi-lumière, il tolère un léger ombrage dans sa jeunesse.

C'est une espèce très rustique dont la production est parmi les plus élevées. Son fût est toujours très droit.

Les nombreuses utilisations de l'épicéa en font une essence intéressante d'un point de vue économique. Les bois exploités lors des premières éclaircies sont réservés à la fabrication du papier. Comme bois de mine, il se révèle cependant inférieur au pin sylvestre. Son tronc parfaitement rectiligne le destine plutôt à la fabrication de perches, poteaux, bois de digues.

Les bois de qualité servent dans les charpentes traditionnelles et en lamellés-collés, la menuiserie, les parquets et les lambris. Les bois de moindre valeur technologique servent à la caisserie et au coffrage. Exempt de noeuds par l'élagage et le traitement, le bois de l'épicéa autorise des utilisations plus nobles : bois de déroulage, construction de planeurs, mobilier.

Certaines origines des Alpes, des Carpates et de Bohème, de croissance très lente mais très régulière sont réputées et servent à la fabrication de plusieurs éléments d'instruments de musique (piano, violon). Jadis, des bardeaux (planchettes minces) permettaient de constituer des toitures et de recouvrir les murs exposés aux pluies.

Malgré son intérêt sylvicole et technologique, l'épicéa fait l'objet de nombreuses critiques. On lui attribue une action des plus néfastes sur les eaux, le sol, la flore et la faune.

Dans son aire d'origine, Picea abies se développe depuis des siècles sur les mêmes sites tout en donnant naissance à des associations en équilibre total avec l'environnement.

Dans certains cas, les altérations du milieu, imputables à l'épicéa et constatées dans nos forêts, sont passagères, voire réversibles pour autant que l'on respecte certains principes. Actuellement, le forestier maîtrise la sylviculture de cette espèce; il connaît les sites et les méthodes de gestion qui lui conviennent et qui permettent d'éviter certaines dégradations de l'environnement.

C'est sur le respect de ses exigences écologiques — climat et sol — et sur la conduite de peuplements de faibles densités que doit s'appuyer le traitement de l'épicéa. Mais l'application immédiate d'une telle gestion à l'ensemble des pessières conduirait à des perturbations très graves des milieux hydrologique, biologique, climatique sans parler de l'aspect économique.

L'action du forestier est à très long terme. Elle est profondément différente de celle de l'agriculteur qui, en une ou deux années, peut faire évoluer un type de culture. Celle de l'épicéa a subi, déjà depuis de nombreuses années, plusieurs modifications profondes dont la plus intéressante biologiquement est sans conteste la transformation des pessières équiennes vers des peuplements d'âges variés, composés d'espèces productives, écologiquement adaptées aux sites et traitées par grands groupes de 20 à 100 ares.

   
 
Mise à jour : 12/12/01 18:29 UCL/BIOL/ECOL Webmaster : P. Califice Copyright © 2001 UCL/ECOL