La Forêt, Sa Flore, Sa Faune, Sa Gestion
Un exemple : le Bois de Lauzelle
 

Borne 22(à 180 m)

Le peuplement à cet endroit évolue vers une aulnaie pure, parfaitement en station.

Nous sommes à hauteur de la nappe phréatique. C'est la zone d'apparition du Blanc Ry formé par les nombreuses sources environnantes. La hauteur de la nappe et la qualité des eaux font l'objet d'un contrôle permanent dont les données servent à nombre d'études hydrologiques, écologiques, pédologiques...

C'est principalement dans ces milieux très humides mais hors de l'eau libre que vit un batracien très discret, la salamandre tachetée (Salamandra salamandra tæniata L.), très remarquable à sa peau luisante, comme vernissée, noire avec des taches jaunes.

Le jour, elle se cache sous le feuillage, les pierres ou quelque vieux tronc. Elle sort le soir et la nuit ou le jour après les pluies tièdes, pour chercher sa nourriture : vers, escargots, limaces, arthropodes. L'accouplement a lieu en été, sur la terre. En mars de l'année suivante, la femelle gagne les ruisseaux pour y déposer ses larves.

Très exigeante quant à la qualité des eaux, la salamandre n'est malheureusement plus très fréquente dans nos contrées. Les progrès enregistrés au niveau de la lutte anti-pollution montrent toutefois une lente recolonisation.


Salamandre tachetée
Salamandra salamandra tæniata L.
À l'état adulte, la salamandre femelle fréquente les eaux courantes pour y pondre. Normalement elle reste cachée dans des endroits humides. Elle ne sort que par nuits douces et pluvieuses.
Taille adulte : 18 cm.

À droite, on reconnaît à nouveau de très beaux frênes bordant le chemin, élagués sur une grande hauteur et dont la qualité technologique leur confère une valeur économique élevée.

 

Escaladez la pente et empruntez le chemin à droite : la « Taille Djauket » ou Jauquet, appellation existant déjà en 1700 et désignant une coupe de bois appartenant sans doute à un certain Jacquet (dérivé de Jacques) et dont Djauquèt serait la forme wallonne. Le parcours regagne la hêtraie déjà observée à la borne 2 et suit une allée remarquable.

 

Borne 23(à 100 m)

En saison, on peut trouver aux alentours quelques beaux spécimens de champignons.

Les champignons ont un impact écologique très important dans la croissance des arbres et la formation des sols.

La partie visible des champignons n'est en réalité que l'organe de reproduction sexuée — le carpophore. Le champignon est en fait tout le réseau de mycélium qui sillonne le sol et va notamment, pour certaines espèces, se mêler aux racines et radicelles des arbres. À ces jonctions — mycorhizes — se créent des échanges importants entre le champignon et l'arbre. C'est un très bon exemple de symbiose. De nombreux champignons sont ainsi inféodés à une espèce d'arbre bien particulière. Ils ne peuvent vivre sans cet arbre qui, lui, se développe beaucoup mieux avec le champignon, croit beaucoup plus vite et se trouve en meilleur état sanitaire. D'autre part, avec les bactéries et la microfaune du sol (acariens, vers, fourmis...), les champignons ont une mission fondamentale de « décomposeurs ». Ils contribuent très activement à la dégradation des feuilles et des branches mortes qui sont ainsi « minéralisées » pour former le sol duquel les végétaux vont extraire les minéraux nécessaires à leur croissance.

À gauche, une plantation de hêtres et de tilleuls à petites feuilles, Tilia cordata Mill., date de 1979.

Le tilleul peut vivre jusqu'à 1000 ans et atteint 25-30 m de haut. C'est une essence de mi-lumière qui se développe bien sur les sols frais et assez profonds. Pour sa longévité, il fut souvent planté comme arbre cornier.

Utilisé pour fabriquer des crayons, des sabots, des manches de brosses, des échelles, il est également recherché par les sculpteurs. Les sculpteurs et les ébénistes anciens ont travaillé son bois et nous ont laissé des oeuvres admirables (1). La fleur donne une infusion réputée pour ses vertus calmantes. Le tilleul appartient au patrimoine culturel de l'humanité. Arbre sacré chez les Celtes et les Germains, il a inspiré ensuite de nombreux poètes. Il quitta très tôt la forêt pour orner, encore actuellement, chapelles, places publiques, jardins, chemins ruraux. Confiants dans sa grande longévité, les hommes l'ont choisi de préférence pour perpétuer diverses commémorations et symboliser la « Justice ».

Cet arbre trouve dans les conditions pédologiques et climatiques de cette station un site idéal à son développement.

Le paysage que l'on découvre de cette borne met en évidence l'hétérogénéité des pentes et des expositions rendant possible une diversité d'espèces et d'associations végétales. L'analyse détaillée de l'exposition, du drainage et de la profondeur du sol permettra dans cette zone l'introduction, par grands groupes, des espèces feuillues telles que le frêne et le chêne pédonculé dans les fonds, d'autres espèces telles le merisier, le chêne sessile et le tilleul progressivement dans la partie inférieure des versants et enfin, dans la partie supérieure, le hêtre et le chêne rouge, le châtaignier.

(1) Une des plus belles et importantes collections de sculptures en bois de tilleul est exposée au Musée de Louvain-la-Neuve.

 

Borne 24(à 85 m)

Le parcours au sein de cette allée de toute beauté conduit le promeneur à travers une futaie feuillue, probablement la plus âgée du Bois de Lauzelle où domine le hêtre avec, en accompagnement, le chêne, le frêne et l'érable. Ce peuplement est très délicat à traiter. Les arbres y sont arrivés à maturité et présentent des signes évidents de déclin — arbres de grandes dimensions, écorce fissurée présentant des taches et des écoulements noirs, développement de certains champignons —. Il est donc illusoire de pouvoir les maintenir encore longtemps sur pied, sans altération du matériel ligneux. Par contre, certains, souvent localisés par groupe, constituent un élément majeur du paysage.

En outre, l'érable rencontre, dans ces conditions d'exposition et de sols riches et profonds, un milieu en accord avec ses exigences. À Lauzelle, mais également dans de nombreuses régions tempérées, cette espèce trouve un optimum sur les versants exposés à l'est et au nord — et particulièrement sur les replats de ceux-ci — où l'humidité atmosphérique est élevée. Des érables de grandes dimensions peuvent d'ailleurs être repérés de cette borne.

La régénération du peuplement, qu'il est urgent d'enclencher compte tenu de l'âge des hêtres, doit envisager ces divers aspects. Les coupes d'arbres, indispensables pour éviter le dépérissement total du peuplement donneront espace et lumière aux semis et jeunes plants et permettront leur développement. L'érable va être favorisé là où ses exigences sont respectées; ainsi, à gauche, entre les deux chemins, la coupe enlèvera progressivement les quelques hêtres dominant les semis très abondants. À droite, quelques pieds d'érables et de frênes ont déjà été sélectionnés, mis en lumière et élagués.

De vieux hêtres, équilibrés, de proportions harmonieuses seront réservés par groupe et maintenus le plus longtemps possible en vie là où ils font partie du paysage. Mais leur départ doit être envisagé. Que le promeneur ne se tracasse pas ! Cette évolution est lente car, lorsque les derniers hêtres de la parcelle disparaîtront, les semis et plants actuels seront passés dans l'étage dominant et près de 50 années seront écoulées.

Une micro-flore et une micro-faune diversifiées se développent souvent sur les feuilles des jeunes érables et peuvent être observées sans difficulté. Leur présence et leur développement sont, dans la grande majorité des cas, sans incidence sur le comportement de l'érable.

Au carrefour que l'on a déjà emprunté à la borne 4, on continue tout droit la drève de hêtres.

 

Après les peupliers, à gauche, une parcelle vient d'être replantée, en 1995, de hêtres mélangés à quelques châtaigniers et chênes rouge d'Amérique. Un bassin de décantation doit être prochainement aménagé en amont pour capter les eaux de ruissellement de l'avenue de Lauzelle et ainsi diminuer la saturation en eau du vallon. C'est à cette condition que les arbres plantés pourront connaître des conditions pédologiques appropriées.

 

Borne 25(à 220 m)

Cette station est consacrée à une espèce forestière, l'épicéa, et à un exemplaire de sa faune, le roitelet huppé.

 

Le peuplement d'épicéa que l'on peut observer à droite a été planté en 1955.

Dans les régions de Moyenne Belgique, analogues à ce site, l'épicéa n'est pas en station. À partir d'une vingtaine d'années, la pourriture rouge du bois peut se développer dans la partie inférieure de l'arbre, provoquant une décomposition centrale du fût; cette maladie est bien visible lors de l'exploitation des arbres délivrés par l'éclaircie.

D'autre part les arbres plus âgés sont attaqués par le scolyte typographe (Ips typographus L.). Ce scolyte se développe dans les épicéas âgés de 60 à 70 ans et n'envahit les arbres plus jeunes que les années où il pullule. On le trouve à toutes altitudes et il attaque les arbres qui dépérissent ou sont affaiblis; il ne vient sur les arbres en bonne santé qu'en cas de pullulation.

Et pourtant, l'épicéa présente dans ces stations des croissances remarquables, car des pousses annuelles atteignant 1 m de hauteur sont actuellement fréquentes chez les individus en bonne santé.

L'épicéa est cependant appelé à disparaître de cette parcelle. Les éclaircies l'ont en effet rendu sensible aux tempêtes et les chablis sont fréquents (surtout en 1990 et 1991). Le sous-étage a déjà été préparé pour prendre la relève : hêtre sur le versant, chêne rouge et châtaignier sur la crête, plus sablonneuse (podzol).

 

Espèce liée à l'épicéa et aux résineux en général, le roitelet huppé est abondant en cet endroit. Quelques minutes d'arrêt silencieux permettent de l'entendre et de l'observer.

 
Roitelet huppé
Regulus regulus L.
Les roitelets sont minuscules. Teinte générale verdâtre. Raie jaune ou orange sur la tête. Cris fins. Liés aux conifères.
Taille : ± 9 cm.

Cette borne et un dernier regard sur l'allée de hêtres, parfaite dans son esthétique, clôturent le parcours. On quitte le bois et rejoint la route pour regagner, à gauche, la barrière du Notaire, notre point de départ.

 

 

   
 
Mise à jour : 19/12/01 12:27 UCL/BIOL/ECOL Webmaster : P. Califice Copyright © 2001 UCL/ECOL