La Forêt, Sa Flore, Sa Faune, Sa Gestion
Un exemple : le Bois de Lauzelle
 

Borne 1 (à 10 m)

Une belle futaie mélangée de hêtre, frêne, érable sycomore, chêne et orme s'étend de part et d'autre du chemin et a été plantée vers 1880. La présence de beaux frênes — certains atteignent 35 m de haut — indique un sol riche, de type limoneux qui, grâce aux éclaircies pratiquées dans la futaie, a permis le développement d'une strate herbacée (orties, scrofulaires noueuses, ronces) et d'une strate arbustive lâche. Un orme à gauche porte une plaque d'identification. Cet arbre est remarquable par son tronc droit et par l'absence de branches basses. Ses caractéristiques lui confèrent une valeur esthétique et économique remarquable.

La scrofulaire noueuse (Scrofularia nodosa L.) est souvent colonisée par un insecte coléoptère (Cionus scrophulariæ L.), de la famille des Curculionidés (charançons), qui attaque le limbe des feuilles, ne laissant que les nervures. Ce type d'attaque est caractéristique de certains coléoptères défoliateurs et peut également se rencontrer sur d'autres végétaux. Il est, en effet, fréquent qu'une plante soit attaquée simultanément ou successivement par plusieurs espèces d'insectes (jusqu'à plusieurs dizaines).

Du point de vue sylvicole, ce peuplement comprend des essences de lumière (héliophiles) : le chêne, le frêne, l'orme, l'érable et une essence d'ombre (sciaphile) : le hêtre.

 

Borne 2 (à 160 m)

Sur la pente, à gauche, on peut observer une futaie à dominance de hêtres. L'alignement de leur plantation est encore perceptible. La hauteur dominante approche 30 m et le volume sur pied utilisable par l'industrie atteint 250 m3 à l'hectare, soit quelques 150 arbres d'un volume moyen de 1,7 m3 chacun.

Le hêtre, essence d'ombre à couvert dense, intercepte la lumière et réduit le développement des strates inférieures herbacée et arbustive. La réduction de la densité du peuplement par les éclaircies pratiquées récemment permet l'apparition de semis naturels de diverses espèces végétales.

Dans ce paysage, les oiseaux sont essentiellement arboricoles : mésanges, sittelle torchepot, grimpereau des jardins, troglodyte, fauvette à tête noire, pic épeiche mais, en raison de l'absence de végétation basse, le peuplement d'oiseaux est moins diversifié ici que celui rencontré à la borne 1.


Mésange charbonnière
Parus major L.

Une des six espèces de mésanges rencontrées dans les bosquets et bois. Bleu foncé dessus, jaune dessous, calotte et bande pectorale noires, joues blanches, rectrices externes blanches (± 14 cm).

Sittelle torchepot
Sitta europæa L.

Grimpe comme un pic et descend la tête en bas. Gris bleu sur le dos, rose brun en dessous. Bandeau noir sur l'oeil (± 14 cm).

Grimpereau des jardins
Certhia brachidactyla Brehm
.
Grimpe comme un pic, souvent en spirale. Ne descend jamais la tête en bas. Dessus : brun clair strié de blanc; blanchâtre en dessous. Bec recourbé vers le bas (± 14 cm).

Troglodyte mignon
Troglodytes troglodytes L.

Très petit, brun chaud strié de noir, trapu, queue relevée (± 9 cm).

Fauvette à tête noire
Sylvia atricapilla L.

Grise, calotte noire chez le mâle, brune chez la femelle (± 13,5 cm).

La sittelle torchepot doit son nom à son habitude de maçonner, à l'aide de boue séchée, l'entrée et l'intérieur de la cavité où elle construit son nid, ce qui en interdit l'entrée aux prédateurs tels l'écureuil, l'hermine, le lérot... et aux oiseaux compétiteurs de plus grande taille comme l'étourneau.

À droite, une parcelle d'un hectare est plantée depuis 1979 en pins de Corse en mélange avec quelques pins Weymouth, en raison du sol sableux, substrat généralement pauvre que tolèrent ces essences.

En amont de cette parcelle, le sol, plus limoneux — donc plus riche —, a permis de favoriser des espèces feuillues telles que merisier, frêne, érable, sorbier, orme, chêne, par plantation ou semis naturel.

Originaire de l'est de l'Amérique du Nord, le pin Weymouth est un pin à cinq aiguilles, remarquable par la beauté de son feuillage, sa croissance et la qualité de son bois. Il est malheureusement décimé par un champignon : Cronartium ribicola Fisher.

Sa plantation disséminée parmi d'autres espèces, à l'opposé de la monoculture, et une gestion sylvicole intensive constituent sans aucun doute la meilleure méthode actuelle d'utilisation de ce pin en peuplement forestier.

Dans cette zone très éclairée se développe naturellement une végétation pionnière et héliophile : bouleau verruqueux et robinier faux-acacia, germandrée scorodoine, jonc, bruyère commune (callune) et ronce. Cette végétation abrite une faune thermophile et héliophile.


Germandrée scorodoine
Teucrium scorodonia L.

Les feuilles sont pubescentes. Floraison (petites fleurs jaunâtres peu visibles) : juillet-août. Après la floraison, les calices persistants ont une forme de clochette. Hauteur : 25-75 cm.

 
Callune ou Bruyère commune
Calluna vulgaris L.

La callune s'installe sur les terrains appauvris, épuisés et forme ainsi un paysage de lande.

On y rencontre notamment des insectes Orthoptères : criquets, sauterelles, blattes et, en été, le lézard vivipare et l'orvet .


Criquet duettiste
Chorthippus brunneus Thnbg.

Les criquets ont des pattes adaptées au saut et des antennes courtes.
Taille du corps: 2 cm.


Sauterelle cendrée
Pholidoptera griseoaptera De Geer

Les sauterelles ont des pattes adaptées au saut et de très longues antennes.
Taille du corps : 1,5 cm.

 
Blatte lapone
Ectobius laponicus L.

Les blattes sont apparentées aux criquets et aux sauterelles. Elle ont le corps plus trapu, les antennes longues. Les pattes ne permettent pas le saut mais sont bien adaptées à la course.
Taille : 1,3 cm.
La blatte germanique (Blatella germanica L.), ou cafard est le cousin domestique de cette espèce forestière.

Le pouillot fitis et la fauvette des jardins, oiseaux assez strictement liés à ce type de paysage, sont bien représentés ici. Le pipit des arbres est caractéristique de ces grandes clairières mais il est rare comme nicheur dans la région.


Pouillot véloce
Phylloscopus collybita L.

Très petit oiseau brun verdâtre au chant monotone fait de 2 notes en alternance irrégulière : chiff... chaff...
Le Pouillot fitis (Phylloscopus trochilus L.) lui ressemble beaucoup mais émet un chant en cascade descendante, assez mélodieux (10,5 cm).

Pipit des arbres
Anthus trivialis L.

Dessus : brun rayé de noir. Dessous : blanc strié de noir. Chant mélodieux souvent exécuté en vol nuptial (15 cm).

La croissance rapide du peuplement et l'élimination des essences concurrentes citées plus haut vont modifier l'écosystème et donner lieu à une permutation d'espèces d'oiseaux assez typique — notamment le remplacement progressif de la fauvette des jardins par la fauvette à tête noire et du pouillot fitis par le pouillot véloce.

La création d'un peuplement forestier repose sur plusieurs réflexions. Il faut, notamment, choisir l'espèce et sa provenance en fonction des caractéristiques du milieu; il faut définir l'écartement entre les plants et leur dimension; ce sont des facteurs qui conditionnent la croissance des arbres et la qualité du bois formé. Un espacement trop grand entre les plants conduit à la formation d'arbres dont les branches ont de fortes dimensions, sont trop nombreuses et, par leur présence, occasionnent des noeuds importants dans le bois du fût. Pour prévenir ces dégâts, il faut ainsi procéder à des élagages.

Un écartement trop faible accroît la concurrence entre les arbres et limite leur croissance. Il existe donc, pour chaque plantation, une densité idéale définie par le tempérament de l'espèce, la qualité et les dimensions des plants utilisés, les possibilités de croissance du site.

Chaque boisement est régulièrement entretenu durant les premières années et le sylviculteur procède à des dégagements, des regarnissages et à de la protection.

Le dégagement d'une plantation ou élimination des végétaux secondaires herbacés et ligneux est essentiel pour permettre un développement régulier des plants forestiers et mettre à leur disposition la lumière, l'eau et les éléments minéraux.

L'année suivant la plantation, on pratique le regarnissage ou remplacement des sujets morts. La mortalité est en moyenne de 10 %, plus selon le climat de l'année (principalement la sécheresse) et le sol. Un regarnissage de 20 % a eu lieu dans cette parcelle en 1980, sans aucun doute à cause du substrat sableux, très sec et très chaud. Cette plantation a dû en outre être clôturée afin d'assurer la protection des plants contre le gibier, particulièrement le lapin de garenne, très abondant dans cet endroit ensoleillé, et aussi le chevreuil.

Deux insectes sont de redoutables ennemis du pin : l'hylobe et le scolyte.


    Hylobe du pin
    Hylobius abietis
    L.
    Ce charançon est responsable d'importants dégâts aux jeunes plantations résineuses. Taille : 10-13 mm.


    Scolyte du pin
    Myelophilus piniperda L.

    Cet insecte est aussi un ennemi potentiel de l'épicéa.
    Taille : 3,5-5 mm.

    et dégâts (à droite): Réseau de galeries à la surface du bois sous l'écorce des résineux vivants.

En peuplements résineux denses, uniformes et mono-spécifiques, ces insectes deviennent, certaines années, de véritables fléaux. À Lauzelle, la juxtaposition de peuplements de faible étendue, d'essences et d'âges divers empêche les pullulations anormales de ces ravageurs.

 

 

   
 
Mise à jour : 19/12/01 12:24 UCL/BIOL/ECOL Webmaster : P. Califice Copyright © 2001 UCL/ECOL